Navigation rapide
Description/
Cette sellette est un petit « meuble de salon », suivant la définition que Gabriel Frédéric Viardot donnait de sa production en 1878. Reposant sur quatre longs pieds griffes, cet objet est doté de deux tablettes. La tablette placée en entretoise est bordée par un décor ajouré sculpté dans le bois. Ces grilles ajourées d’influence extrême-orientale sont également visibles sur la ceinture de ce petit meuble et sont alors enrichies d’un ornement de bronze, lui aussi ajouré. Cette ceinture adopte une forme mouvementée et est ornée de tabliers. Les éléments en bois plein sont gravés de petits motifs en volutes, notamment sur les quatre pieds. La tablette supérieure, rectangulaire, est également gravée sur son pourtour. L’influence extrême-orientale est tout à fait sensible dans cette sellette, ce qui nous mène à la rapprocher de la vogue du Japonisme, très sensible en France dans les années 1860-1870. Cette vogue connut un développement sans précédent notamment à partir de l’Exposition Universelle de 1867 où étaient présents les Japonais. Ici, il s’agit bien d’une production française puisque la signature de Gabriel Viardot est présente sur un des pieds.
Gabriel Viardot était un célèbre ébéniste parisien spécialisé dans la production de meubles « genre chinois-japonais » dans le dernier tiers du XIXè siècle. Il débute sa carrière de sculpteur sur bois en 1849, date à laquelle il envoie quelques meubles à décor naturaliste à l’exposition d’horticulture. Il est alors à la tête d’une petite équipe de sculpteurs alors qu’il n’a que 19 ans. En 1853, il a une fabrique et un magasin de meuble situés aux 36 et 38 rue Rambuteau. À cette époque, il travaille avec son frère, Louis Gustave, sous le nom de « Viardot Frères et Cie ». En 1860, il créé son propre atelier, « G. Viardot », au 5 rue du Grand-Chantier, et prend la direction de l’affaire familiale qu’il gardera jusqu’en 1872. Il décide alors de se consacrer au « mobilier genre chinois-japonais », qu’il a pu observer notamment à l’Exposition Universelle de 1867. A cette même exposition, il est récompensé par quatre médailles. C’est avec cette production qu’il est récompensé à l’Exposition Universelle de 1878 par une médaille d’argent. Par la suite, il exercera successivement au 15 rue de Chaume, au 3 rue des Archives en 1878 et au 36 rue Amelot vers la fin du siècle. Ses meubles étaient réalisés grâce à des panneaux laqués et en relief envoyés directement de Chine ou du Japon et ornés d’incrustations de nacre du Tonkin. Il égayait ses meubles par des bronzes d’ornement dont les modèles étaient tous de sa main. Au cours des années, le succès ne fit que s’affirmer, notamment aux expositions de Nice et à la 8è exposition de l’Union Centrale des Arts Décoratifs en 1884. En 1885, il participe à l’Exposition Universelle d’Anvers où il obtient une médaille d’or. À cette époque, la maison emploie 90 à 100 ouvriers, sculpteurs ou ébénistes, dont beaucoup ont été formés directement par Gabriel Viardot. À la suite de cette exposition, il est promu au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur (29 décembre 1885). En 1889, il est présent à l’Exposition Universelle qui eut lieu à Paris et est récompensé par une médaille d’or. Il obtient la même récompense à l’Exposition Universelle de 1900.
Une nouvelle société, « G. Viardot et Cie », comprenant Gabriel Viardot et ses deux enfants, est créée en 1890. De ce fait, l’estampille présente sur cette sellette, « G. Viardot », indique une période comprise entre 1860 et 1880 et nous pouvons situer la date de fabrication de ce meuble vers 1880-1890. En effet, à cette époque, la production de Viardot devient moins exubérante et marque un retour vers la symétrie et les lignes droites. Cette sellette marque bien ce retour vers plus de sagesse. Elle est tout à fait similaire à une table à thé à deux plateaux, conservée au Musée d’Orsay (OAO 1653), notamment par des pieds identiques et des grilles ajourées très semblables. Les bronzes de cette sellette peuvent être mis en parallèle avec ceux présents sur une vitrine de Viardot, conservée elle aussi au Musée d’Orsay (OAO 1652). Enfin, cette sellette présente la même disposition que la partie inférieure du cabinet conservé au Victoria and Albert Museum (W.17:1, 2-1971). Ce cabinet est signé « G. Viardot » et date de 1888, ce qui vient nous conforter dans la datation de cette sellette.








