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Huile sur toile
Signé « Trouillebert » dans le coin inférieur gauche
Bibliographie : MARUMO, Claude, Catalogue raisonné de l’œuvre peint de Paul-Désiré Trouillebert, Stuttgart, 2004, p. 239, ill. 0094.
Une femme, nue, se prélasse au bord d’une rivière. Occupant toute la hauteur du tableau, cette femme est assise sur la berge alors que, de ses pieds, elle prend appui sur les pierres immergées par l’eau. Son corps, d’une blancheur de lait, contraste vivement avec un arrière-plan à la palette sombre, figurant la forêt dans laquelle se joue la scène. Seule, l’air pensif, la tête légèrement penchée, son regard est dirigé vers la rivière qui s’écoule lentement à ses pieds. De ses deux mains, elle a saisi une branche d’arbre.
Le côté droit du tableau ouvre vers une perspective de la forêt, laissant apparaître une modeste cascade, seul élément dynamique de ce tableau. Cependant, la construction du dessin donne elle aussi un mouvement à cette toile : la silhouette est toute en diagonales et en courbes. La jambe droite forme une grande ligne oblique, occupant presque la moitié de la toile, alors que le buste et les deux bras, levés, constituent une ligne opposée à laquelle répond la jambe droite. Le galbe de la poitrine et le ventre apportent de la rondeur à la composition.
Contrairement aux nus ingresques ou de la peinture académique de l’époque, Paul-Désiré Trouillebert nous livre une femme bien réelle, peu stylisée. Le pli du ventre et le creux de la fesse sont les signes d’une attention toute particulière portée au corps féminin et à sa véracité. La trace de quelques repentirs laisse présager du travail que Trouillebert a dû fournir pour mener à bien la réalisation de cette toile.
Paul-Désiré Trouillebert est né le 29 avril 1831, boulevard des Italiens à Paris. À partir de 1852, il est violoniste au « Théâtre Lyrique » dirigé par Nestor Roqueplan, place du Châtelet. Sa virtuosité lui procure de grands succès. Pourtant, il va peindre dans les campagnes environnantes dès qu’il a un moment de libre. À la mort de son père, en 1855, il décide de se consacrer uniquement à la peinture. Pour cela, il entre dans l’atelier d’Ernest Hébert (1817-1908), situé alors au 11, rue Navarin. Chez Hébert, portraitiste renommé qui s’intéresse parfois aux motifs orientaux alors en vogue et aux nus, il copie essentiellement la manière du maître, selon l’usage du XIXè siècle. Trouillebert sera amené à réaliser les portraits que son maître ne souhaite pas peindre. Les séjours de Trouillebert chez Hébert sont irréguliers, notamment en raison des fréquents voyages du maître. C’est pourquoi Trouillebert complète sa formation dans l’atelier de Charles François Jalabert (1819-1901), où il perfectionne son art du portrait. Connu aujourd’hui pour son œuvre pléthorique de peintre paysagiste, Trouillebert a aussi, comme nous le montre cette toile, réalisé bon nombre de portraits et de nus et ce tout au long de sa vie. Ses nus féminins sont alors fort appréciés de la société pudibonde du Second Empire. Le nu sera un sujet central de son oeuvre. Il a mis en scène pratiquement toutes les poses de peinture de nu : demi-nus et nus intégraux, nus en pied et couchés, nus vus de face et très souvent, nus vus de dos. Le cadre de ces représentations de nus est d’une grande variété. Outre les motifs bibliques ou mythologiques, Trouillebert peint principalement des beautés de chair et de sang, mortelles, qui se regardent dans un miroir, pêchent ou s’étirent après le bain au bord des ruisseaux ou des sources. Vers la fin de sa vie, Trouillebert confessa avoir eu beaucoup de satisfaction à peindre des nus. Le tableau que nous présentons entre dans cette production mais s’en détache par ses dimensions, assez exceptionnelles dans l’œuvre du peintre, alors que les nus de grande taille étaient relativement appréciés à l’époque.
Le début du XIXè siècle, très pudique ne cautionne pas aisément les nus. Pourtant, on assiste à un lent dénudement du nu tout au long du siècle et à une humanisation de celui-ci. Alors que l’Académisme préconisait d’établir une distance entre le nu peint et le spectateur, en stylisant le corps, en harmonisant les proportions et en gommant les particularités, les peintres vont offrir à la vue de tous, des femmes bien réelles. Les nymphes, les baigneuses vont s’avérer être beaucoup plus proches d’une vraie femme qu’une déesse de l’Olympe qu’il convenait alors de voiler d’idéal. La femme de ce tableau se situe à la jonction entre ces thèmes de la baigneuse et de la nymphe, d’où sa véracité charnelle.
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