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Mobilier créé par Guggenheim: la crédence
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Mobilier créé par Guggenheim: la crédence
 
 

Dimensions/
 161cm  200cm  46cm
État/
 Parfait état.
Origine/
 Ce meuble à deux corps provient du Palazzo Papadopoli, demeure vénitienne construite vers 1560 et totalement remaniée entre 1874 et 1881. La décoration a été prise en charge par Moise Michelangelo Guggenheim, directeur du Stabilimento d’Arti Decorative e Industriali qu’il fonda en 1857. Ce Stabilimento était spécialisé dans la production de meubles de prestige, production dont le meuble que nous présentons ici est un témoin privilégié. Celui-ci prenait place dans le Salone delle Quattro Porte, totalement remanié dans un style vénitien de la seconde moitié du XVIè siècle, époque de construction du palais. Au mur prenait place une armure à laquelle semblent répondre les nombreux motifs de trophées d’armes qui prennent place sur cette armoire.
Référence/
 03167
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Description/    

 

Bois de noyer,

Entre 1874 et 1881

Cette exceptionnelle armoire à deux corps forme crédence dans sa partie basse. Le piètement est constitué d’un fond décoré de trois panneaux rectangulaires moulurés. La tablette repose sur deux lions ailés et cuirassés sculptés en ronde-bosse. Leurs membres massifs impressionnent autant que leurs gueules, qui semblent être celles de dragons. La qualité de la sculpture est sensible dans la représentation des poils, des écailles qui recouvrent leurs poitrines et dans les encolures extrêmement musculeuses. Le corps supérieur est constitué de deux panneaux alternant avec trois femmes représentées en buste et se terminant par une gaine sculptée d’une guirlande de feuilles d’acanthe. Les deux panneaux sont entièrement sculptés : une architecture fantastique, habitée par un putti aux muscles saillants et soutenue par deux griffons, abrite un médaillon sculpté de trophée d’armes. Les deux panneaux se répondent par symétrie tandis que les retours du meuble sont aux aussi ornés de panneaux sculptés de motifs de trophée d’armes. L’entablement présente une frise de festons alternant avec des mascarons et sommées par des motifs de coquille. Chaque panneau sculpté comporte un fond bouchardé qui met davantage en relief les motifs sculptés et fait jouer la lumière sur les parties saillantes. Chaque surface de cette armoire est recouverte de sculptures, dans une sorte d’horreur du vide propre aux intérieurs du XIXè siècle. La forme, inspirée des armoires à deux corps de la Renaissance, présente une structure architecturale affirmée associée à une débauche de sculptures d’une éblouissante virtuosité. On note une réelle attention portée au travail du bois, qui offre ainsi des motifs sculptés étourdissants par leur quantité et leur qualité d’exécution. 

 

 

Le Palazzo Papadopoli est un palais vénitien construit par Giovanni Giacomo  de’ Grigi (actif de 1540 à 1575), vers 1560. Situé sur le Grand Canal, après la disparition du dernier membre de la famille Coccina en 1748, le palais est acheté par les Tiepolo. Le palais passe de main en main avant d’être acheté le 25 janvier 1864 par les frères Aldobrandini-Papadopoli. Commença ainsi la dernière phase de splendeur du palais redécoré entièrement aux alentours de 1874-1875 sous la direction de du décorateur et antiquaire Michelangelo Guggenheim.

 

Au XIXè siècle, en Europe, la production d’objets manufacturés connaît un accroissement sans précédent : les arts décoratifs deviennent les « arts appliqués à l’industrie ». La production des arts décoratifs de la seconde moitié du XIXè siècle est face à un dilemme : comment concilier l’art avec l’apparition, vers 1850, de la mécanisation et de l’industrialisation ? Comment concilier traditions artisanales et production en série ? Certains, comme Guggenheim à Venise, étaient convaincus qu’une alliance était possible, voire nécessaire, entre art et industrie. Il fallait ainsi réfléchir aux moyens de parvenir à une production d’objets d’art d’une extraordinaire qualité et qui saurait profiter des possibilités offertes par des moyens techniques toujours plus performants. Dans bon nombre de manufactures, cela s’est manifesté par la collaboration entre artistes et fabricants. Au Stabilimento d’Arti Decorative e Industriali, c’est Guggenheim lui-même qui occupait tous ces postes : féru d’objets antiques, il s’était forgé une culture personnelle sans nul autre pareil et se servait de sa bibliothèque et de sa collection personnelle d’objets d’art comme d’un répertoire de formes qu’il fallait étudier et assimiler. Ceci est caractéristique de l’époque qui avait la conviction que le renouvellement des arts décoratifs était indissociable de l’étude des styles historiques. L’inspiration directe de ces décors passés relève d’une grande passion pour l’histoire, tout à fait sensible chez Guggenheim. 

 

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